Ce qui peut arriver si vous faites trop de sport

Le mythe du « trop c’est trop » s’applique aussi au sport, même si la société vante la performance et l’énergie à tout prix. À force de repousser les limites, certains transforment la recherche de bien-être en prise de risque. Mais qu’arrive-t-il vraiment quand l’entraînement devient obsession ?

On sait tous que bouger fait du bien, et l’offre pléthorique de sports permet à chacun de trouver chaussure à son pied. Pourtant, ceux qui flirtent avec l’excès, les ultramarathoniens, les mordus d’endurance, s’aventurent sur un terrain plus glissant qu’il n’y paraît.

Multiplier les efforts intenses, s’engager dans des défis d’endurance à répétition : voilà le quotidien de ces sportifs qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes. Mais cette ténacité, poussée à l’extrême, peut fragiliser le cœur. Les personnes avec des antécédents familiaux ou une prédisposition génétique sont davantage exposées.

Pas question de reléguer les baskets au placard pour autant.

« L’activité physique modérée reste la meilleure alliée de notre santé, autant pour le corps que pour l’esprit, et les sportifs de haut niveau n’ont pas à renoncer du jour au lendemain », rappelle la cardiologue Tamanna Singh, MD.

Chez les compétiteurs acharnés, la volonté ne fait jamais défaut. Mais quand la volonté devient dogme, quand on s’acharne malgré les signaux d’alerte, le cœur lui-même peut finir par tirer la sonnette d’alarme.

Le sport intense et le cœur : jusqu’où aller ?

Oubliez les sessions du dimanche ou les marches actives : les vrais mordus d’effort se lancent dans des courses de plusieurs dizaines de kilomètres, enchaînent les marathons à un rythme effréné, affrontent la fatigue, la soif et la douleur que beaucoup jugeraient insurmontables. Leur quotidien ? Se dépasser, constamment.

« Les efforts d’endurance prolongés imposent une sollicitation extrême au système cardiovasculaire », explique le Dr Singh.

Des recherches menées sur des marathoniens l’ont montré : après une course longue distance, le sang de ces athlètes révèle des marqueurs typiques de lésions cardiaques.

Souvent, ces traces s’effacent d’elles-mêmes. Mais force est de constater que, soumettre le cœur à des chocs répétés, finit par laisser des marques : le muscle se transforme, ses parois s’épaississent, des cicatrices peuvent apparaître.

Autre constat : l’exercice intense peut fortement accroître le risque d’arrêt cardiaque ou de troubles du rythme, surtout chez les personnes déjà porteuses d’une pathologie sous-jacente. Les sportifs souffrant de cardiomyopathie hypertrophique ou de maladie coronarienne, même silencieuse, sont les plus exposés.

Faut-il choisir entre tout ou rien ?

En réalité, pratiquer un sport, même intensément, réduit nettement le risque de maladie cardiaque, comparé à l’inactivité totale. Mais une infime partie de la population, touchée par des anomalies cachées, peut voir l’exercice déclencher des troubles du rythme.

« Il existe bien un lien entre activité intense prolongée et risque de fibrillation auriculaire, mais ce risque reste très faible comparé à celui de l’inactivité », précise le Dr Singh.

Dès les premiers pas dans l’activité physique, les bénéfices sont tangibles : force accrue, tension artérielle plus basse, nuits réparatrices, mémoire en progrès. Bouger réduit aussi la probabilité de prendre du poids, de céder à la dépression ou de voir la démence s’installer.

« Finalement, malgré les peurs que suscitent les sports extrêmes, la majorité n’a rien à craindre », conclut le Dr Singh. « Mieux vaut bouger que rester immobile. »

Combien de sport, et pour qui ?

Que vous soyez sportif de longue date, novice enthousiaste, senior ou en phase de rééducation cardiaque, l’activité physique a le pouvoir de transformer la vie. L’American Heart Association recommande, pour la plupart d’entre nous, au moins 150 minutes par semaine d’activité d’intensité modérée.

Les activités modérées englobent la marche rapide, le jogging ou la natation. Un bon repère : si vous pouvez encore discuter aisément pendant l’effort, vous êtes dans la bonne zone.

En cas de symptômes inhabituels, d’antécédents cardiaques ou de facteurs de risque, il est judicieux d’en parler à un professionnel avant de changer de routine sportive. Ceux qui présentent de nouveaux signaux d’alerte ou qui ont reçu un diagnostic doivent envisager une évaluation par un cardiologue spécialisé en sport, surtout s’ils veulent continuer la compétition ou l’endurance.

Repousser ses limites peut ouvrir la voie à des exploits, mais écouter son corps reste la clé pour que chaque foulée reste synonyme de vitalité, pas de mise en danger.

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