Oubliez les recommandations génériques : une étude italienne secoue les habitudes avec une méthode en six points qui mise sur le concret. Ici, il ne s’agit pas d’empiler les interdits ou de compter obsessivement chaque gramme de protéines, mais d’adopter des gestes clairs, pensés pour la vraie vie des patients atteints d’insuffisance rénale chronique (IRC).
L’équipe du Dr Eleonora Riccio et du Dr Antonio Pisani, à l’Université Federico de Naples, a voulu trancher avec les discours convenus. Cinquante-sept patients en stade avancé d’IRC ont été répartis en deux groupes : l’un bénéficiant du protocole des six conseils, l’autre suivant un régime standard pauvre en protéines (0,8 g/kg/jour), sans accompagnement diététique individuel.
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Ces six recommandations, conçues pour s’intégrer à une alimentation typique du sud de l’Italie, traduisent les grands principes diététiques (réduire protéines, sodium, phosphate, privilégier des portions modérées) en actions simples et applicables au quotidien :
- Ne pas ajouter de sel, ni lors de la préparation des plats, ni à table.
- Écarter salamis, saucisses, fromages, produits laitiers et conserves de son panier.
- Remplacer pains et pâtes classiques par des alternatives faibles en protéines.
- Consommer chaque jour 4 à 5 portions de fruits et légumes.
- Limiter viande, poisson ou œufs à une portion quotidienne raisonnable.
- Prévoir une ou deux fois par semaine des pâtes aux légumineuses, à la place des protéines animales habituelles.
Après six mois, le verdict est sans appel : les patients du groupe des six conseils affichent un profil métabolique globalement meilleur que ceux ayant suivi le régime standard, selon les résultats publiés dans Clinical and Experimental Nephrology. La baisse des apports en protéines, couplée à une diminution de l’élimination urinaire d’azote et de phosphate, s’est montrée plus nette dans le groupe expérimental. Autre constat : le phosphate plasmatique, le bicarbonate, l’hormone parathyroïdienne et le chlorure de sodium urinaire sont restés stables pour tous.
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Au départ, les deux groupes présentaient des profils similaires : sexe, poids, pression artérielle, apport protéique, fonction rénale estimée et traitements étaient comparables. Tous ont poursuivi leurs traitements habituels, y compris la prise de liants phosphatés si prescrits.
L’adhésion au protocole des six conseils a pris le dessus : 70 % des patients l’ont respecté, contre 44 % pour le régime standard. Cette fidélité a été évaluée sur la constance d’un apport en protéines compris entre 0,7 et 0,9 g/kg/jour. Voilà une différence qui ne relève pas du hasard, mais d’un mode d’emploi plus facile à adopter.
Le constat n’est pas neuf : peu de patients suivent durablement un régime pauvre en protéines, ce qui pousse à rechercher des solutions alternatives. Mais ici, la méthode séduit par sa simplicité d’application. Les auteurs insistent : le recours à un diététicien reste précieux, surtout quand il s’agit de réduire les apports à des seuils plus bas (0,6 voire 0,3 g/kg/jour).
Les chercheurs précisent par ailleurs que ce protocole s’adresse surtout à ceux qui ont une alimentation de type occidental. D’autres travaux devront affiner l’analyse, en s’intéressant à la qualité des protéines consommées et aux quantités réelles d’aliments.
Source
- Pisani, A ; Riccio, E ; Bellizzi ; Vincenzo ; et coll. Clinical and Experimental Nephrology, 9 octobre 2015 ; doi:10.1007/s10157-015-1172-5.
Parfois, il suffit de transformer de grandes théories en petits gestes quotidiens pour faire bouger la ligne. L’adhésion à ces six conseils en est la preuve éclatante. Et si, demain, la clé d’une meilleure santé rénale se trouvait dans la clarté d’un mode d’emploi bien pensé ?

